Gisa

Le GISA est une plateforme multiacteurs française sur la sécurité alimentaire. Créée en 2008, elle rassemble, sous la co-présidence du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère de l'Agriculture, les autres ministères concernés (Economie, Environnement, Recherche), l'Agence Française de Développement, la société civile, des instituts de recherche, la profession agricole et des fondations.

Son objectif est de proposer, à partir d'une approche pluri-disciplinaire et intersectorielle des mesures pour renforcer la sécurité alimentaire dans les pays du Sud.

Composition

Le GISA est co-présidé par le Ministère des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) et le Ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la forêt (MAAF) et dispose d'une gouvernance participative et inclusive. Plusieurs types d’acteurs, de disciplines diverses, dont l’objectif est de renforcer la sécurité alimentaire dans les pays du Sud, en sont partie prenante:

Le GISA entretient également des relations suivies avec le réseau de terrain (assistants techniques, ambassades et représentations permanentes).

Nos objectifs et notre fonctionnement

Le Groupe Interministériel pour la Sécurité Alimentaire est une plateforme multi-acteurs et multisectorielle. Il a été constitué en réponse à la crise alimentaire mondiale en avril 2008, à l'initiative des Ministres des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, et de l'Agriculture, Michel Barnier. Le GISA s'est progressivement ouvert aux différents acteurs du développement, et constitue aujourd'hui un espace de dialogue constructif, dont l'objectif est de renforcer la sécurité alimentaire.

Les travaux du GISA font l’objet d’une approche intersectorielle de la sécurité alimentaire conformément à la définition établie lors de la Conférence mondiale de l'Alimentation, à Rome en 1996:

"La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active."

Ainsi, le GISA repose ses travaux sur les quatre piliers de la sécurité alimentaire:

  • Disponibilité: mise à disposition de quantités d'aliments suffisantes, quelle que soit leur provenance (production propre, importations,...);
  • Accès: capacité à accéder à sa propre nourriture, soit en la produisant, soit en ayant la possibilité de l'acheter, grâce notamment à un revenu suffisant au vu des prix du marché;
  • Qualité: selon les points de vue nutritionnel et sanitaire surtout, mais également sensoriel et culturel;
  • Régularité: des trois piliers précédents, ce qui englobe notamment la stabilité des prix et des revenus.

La diversité des acteurs du GISA permet une expertise pluridisciplinaire des enjeux de sécurité alimentaire (agriculture, nutrition, développement, environnement, politiques sociales,…).

Créé en pleine crise alimentaire, l'objectif du GISA est de proposer une série de mesures pour répondre à la dégradation de la situation alimentaire des pays pauvres et à ses conséquences politiques, économiques et sociales. Pour cela, le GISA s'est doté lors de sa création, d’une feuille de route générale, qui met en avant trois types d'activités:

  • un travail de veille et prospective sur la situation alimentaire dans les pays en développement;
  • la préparation des positions françaises dans les enceintes internationales;
  • la préparation des initiatives françaises et européennes pour faire face à la situation d'insécurité alimentaire (à court, moyen et long termes).

Le GISA se réunit régulièrement en sessions plénières. Des groupes de travail thématiques spécifiques sont organisés en fonction d'une feuille de route annuelle. Les groupes de travail du GISA peuvent être co-animés par plusieurs membres du GISA, le plus souvent un représentant d'un ministère et un représentant de la société civile. A chaque début d’année, un plan et des priorités de travail sont fixés en réunion plénière, de nouveaux groupes de travail thématiques peuvent être créés, et des groupes existants peuvent être amenés à cesser leur activité ou à être mis en suspens, en fonction des priorités annuelles et des opportunités politiques.

Depuis quelques années, le Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale  (CSA) constitue une priorité pour le GISA, et occupe une partie importante du temps de travail de ses membres. La richesse des interactions entre les différents acteurs du GISA réside également dans le fait que cette plateforme favorise le dialogue et la construction d’une relation de confiance entre les différents types d’acteurs qui la composent. En plus d’être un lieu de réflexion et de production de documents et positions, le GISA est également un lieu d’échange et de partage d’informations et de points de vue.

Notre approche de la sécurité alimentaire et nutritionnelle

A ce jour, environ 795 millions de personnes souffrent de sous-nutrition chronique pour une population mondiale d'environ 7,3 milliards d'êtres humains. Bien que la faim dans le monde ait reculé depuis les 20 dernières années, tant en proportion qu'en valeur absolue, les enjeux restent nombreux et complexes, sur chacun des aspects qui caractérise la sécurité alimentaire.

Comme nous l'indique le 5ème rapport du 5ème rapport du GIEC  ( Groupe  d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ), le changement climatique (1) provoque une baisse des rendements et prévoit une perte de 2% des rendements des grandes cultures par décennie, (2) augmente la fréquence des évènements météorologiques extrêmes (inondations, sécheresse,...) qui impactent directement le revenu des agriculteurs et la stabilité de la production, (3) a des effets possibles sur la volatilité des prix. Affectant ainsi tous les aspects de la sécurité alimentaire, le dérèglement climatique pourrait conduire 600 millions de personnes supplémentaires à souffrir de la faim d'ici 20801 et augmenter la malnutrition infantile de 20% à horizon 20502.

Disponibilité

Afin de produire des quantités suffisantes de denrées alimentaires, il est nécessaire de garantir l'accès aux ressources et aux facteurs de production. Ceci regroupe notamment un accès sécurisé au foncier et à l'eau, et une eau saine. Pour exploiter au mieux ces ressources et ces facteurs de production, il apparaît important de mettre en avant la formation de la main d'œuvre agricole.

Le GISA soutient la transition vers des systèmes agricoles et alimentaires plus durables, tel que l'agroécologie, caractérisés par une bonne gestion de l'eau et une utilisation des services écosystémiques, et favorisant une autonomisation des agriculteurs.

Dans un contexte de développement de nouvelles énergies, il faut également s'assurer que les cultures dédiées à la production de biocarburants ne viennent pas concurrencer les cultures à destination alimentaire.

«Les pertes et gaspillages alimentaires au niveau mondial – gâchis de main-d'œuvre, eau, énergie et autres intrants – suffiraient à nourrir un tiers des habitants de la planète», a déclaré M. Graziano da Silva en 2015 lors de la journée mondiale de l'environnement3. Actuellement, la priorité n'est plus d'augmenter la production alimentaire, mais plutôt de tirer le meilleur parti possible des ressources disponibles, qui sont limitées.

Accès

Il est paradoxal de constater que plus de la moitié des personnes souffrant de malnutrition sont les agriculteurs eux-mêmes, leurs revenus ne leur permettant pas d'accéder à une nourriture suffisante et équilibrée.

Dans le cadre de l'agriculture familiale, le GISA soutient la mise en place de politiques publiques adaptées comprenant la sécurisation de l'accès aux ressources, l'accès aux marchés, à la formation, aux intrants, afin d'augmenter le revenu des exploitants familiaux, et de leur permettre de vivre de leur activité. Il est également important de développer des chaînes de valeur, pour valoriser la production locale via des filières à plus grande valeur ajoutée.

Pour assurer son développement et sa pérennité, la petite agriculture nécessite des investissements, qui doivent s'inscrire dans un cadre de responsabilité basé sur le respect des droits fondamentaux des usagers et des locaux.

Qualité

L'aspect nutritionnel de l'alimentation est un point fondamental, car fortement corrélé à l'état de santé des populations, avec des conséquences sur la croissance physique et psychique qui conditionne le bien-être général et à plus long terme, l'aptitude à travailler. Si 795 millions de personnes souffrent de la faim, près du double sont atteintes d'obésité dans le monde, on parle du triple fardeau de la malnutrition: sous-nutrition chronique ou aiguë, carences en micronutriments, surpoids ou obésité. Le GISA favorise une approche multi-sectorielle, basée sur la compréhension et le développement des systèmes alimentaires, qui présentent une forte composante culturelle et sociale, et varient fortement selon les territoires. D'autres facteurs non-alimentaires entrent en ligne de compte, tels que l'hygiène et l'accès aux soins, l'éducation, l'accès à l'eau potable,...

D'un point de vue sanitaire, la qualité de l'eau revêt également un caractère important pour la production agricole, les besoins en eau potable et l'hygiène. Par ailleurs, l'agriculture a un rôle important pour préserver la qualité de l'eau en amont de son utilisation.

On notera en lien avec ces deux points le rôle primordial des femmes, d'une part parce qu'elles sont majoritairement impliquées dans l'accès à l'eau et plus particulièrement dans les zones rurales pauvres ; et d'autre part par leur rôle dans la nutrition des générations plus jeunes, notamment à travers le lien mère-enfant durant la période cruciale des 1000 jours, ainsi que dans leur fonction d'éducatrice.

Régularité

Une trop grande volatilité des prix des denrées agricoles a des conséquences à court terme sur l'accessibilité des denrées par les plus pauvres lors d'une hausse des prix, mais également à long terme face à une baisse des prix qui impacte directement leurs revenus et peut provoquer un découragement et désinvestissement des producteurs. Il importe donc de mettre en place des mécanismes permettant de lutter contre la volatilité excessive des prix agricoles.

Pour garantir un minimum de protection aux agriculteurs, il apparaît important de développer et mettre en place des mécanismes de protection sociale dont le rôle est de protéger les agriculteurs des chocs impactant leur activité, qu'ils soient internes au système d'exploitation (maladie, perte d'emploi) ou externes (chute des prix mondiaux, effets du changement climatique). Ces mécanismes participent à l'économie et renforcent la cohésion sociale.

1 PNUD, 2008, Human Development Report 2007/2008- Fighting climate change: human solidarity in a divided world

2 IFPRI, 2009, (International Food Policy Research Institute)

3 Communiqué de presse FAO, 5 juin 2015, Milan

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